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Message par Claude » 05 févr. 2014, 21:55

Ancien titre de ce "sujet" :
"Genders studies" et une mauvaise traduction

Une rumeur a fait entrer sur la scène médiatique une expression inconnue de beaucoup d'entre nous : "la théorie du genre". Qu'en dire, si ce n'est qu'il n'y a pas en tant que telle une théorie qui serait "la" théorie du genre.


Voici le point de vue d'un universitaire : http://www.liberation.fr/societe/2014/0 ... tes_977463

xyla56
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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par xyla56 » 05 févr. 2014, 22:58

ce que j'aime le plus dans ce genre :oops: d'articles, ce sont les commentaires des lecteurs. Entre ceux qui n'ont pas lu l'article et qui sont contre à priori, ceux qui s'offusquent de la moindre faute d'orthographe ou de grammaire, ceux qui sont systématiquement pour quelque soit le sujet, on arrive à trouver quelques perles qui ne nous renseignent pas sur le sujet mais sur les lecteurs et sur la façon dont se forme l'opinion publique tant citée et utilisée ici ou là.

Finalement, je ne sais toujours pas ce qu'est la théorie du genre..... :mrgreen:

Claude
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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par Claude » 06 févr. 2014, 02:26

Moi non plus, j'aurais bien du mal à disserter dessus, car je ne suis pas un scientifique.

Par contre j'ai écouté des spécialistes —quand on ne sait pas, il est bon de tendre l'oreille—. Ils expliquaient que l'étude du genre était un champ de recherche et qu'il existe beaucoup d'études différentes autour de ce sujet. Ces études se complètent, se critiquent, se développent dans plusieurs directions comme il se doit dans les champs de recherche. Il n' existe pas d'étude qui soit sacrée et connue comme "la théorie du genre".

J'ai compris aussi qu'il fallait bien percevoir les différentes couches qui constituent les deux parties de l'humanité.

À la base, il existe des différences biologiques (généralement on est mâle ou femelle). Ces différences ne font pas entrer automatiquement chaque être humain dans un costume de femme ou un costume d'homme. Ce costume est un fait culturel. Il a évolué, il n'est pas inutile d'apprendre qu'il existe sous des formes différentes selon les lieux et selon les siècles. Et de fait, le regard sur ce qu'est un homme et ce qu'est une femme …… évolue.

C'est dire que le chemin entre l'état biologique mâle/femelle et l'idée que l'on se fait de ce qu'est une femme ou ce qu'est un homme n'est pas aussi simple que l'on peut ou que l'on pouvait le croire. Ce chemin échappe à la biologie. C'est un édifice construit au-dessus des réalités biologiques et sexuées. C'est un édifice qui est lié aux conditions d'existence de nos sociétés. Que se passe-t-il quand la société se modifie ? Est-il difficile de comprendre que la culture évolue (avec retard :P ) quand les conditions de vie évoluent ?

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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par xyla56 » 06 févr. 2014, 09:55

ce que j'ai compris c'est qu'il ne fallait pas parler de "théorie du genre" (traduction de "gender theory") mais de champ de recherche sur le genre. Marie_May pourrait peut-être nous en dire plus sur le sens de Theory en anglais.
J'ai surtout compris que n'importe quelles recherches scientifiques pouvaient être détournées de leur sens premier si elles mettent en péril les certitudes morales d'un groupe. Un des exemples les plus connus est sans doute les réactions à la théorie de Darwin sur l'évolution (je ne suis pas en train d'établir une équivalence de valeur entre les travaux de Darwin et celles faites depuis une cinquantaine d'années sur le "genre".

On aurait en face à face un groupe parlant sur un plan moral (défense de la famille, valeurs traditionelles...) et un groupe parlant le langage de l'observation et des conclusions qu'ils en tirent. Le dialogue ne peut évidement se faire d'où incompréhension, blocage et surenchère.

Wait and see :D

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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par Patricia » 06 févr. 2014, 14:11

Si Crépidule passe par là, ille pourra très certainement nous expliquer ce concept.

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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par Marie_May » 07 févr. 2014, 15:22

Non, je pense que la théorie du genre n'est pas une mauvaise traduction de Gender theory ou gender studies.
Ça découle de la phrase de Simone de Beauvoir : on ne nait pas femme, on le devient. C'est un domaine de réflexions générales d'ordre sociologique, réflexions qui semble inquiéter sérieusement les fondamentalistes chrétiens et qui moi, ne m'intéresse réellement que lorsqu'un Crépidule nous fait part des drames qu'il vit au quotidien. A part ça, chacun vit selon des données et des influences auxquelles il ou elle ne peut pas/plus grand chose. Qu'on essaie aujourd'hui, dans les familles et l'Education nationale, d'être aussi neutre que possible, ça me semble une bonne chose et je n'y vois personnellement rien de nature à bouleverser quoi que ce soit.

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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par Claude » 12 févr. 2014, 23:13

Vous avez dû découvrir un album pour enfants fort joliment illustré TOUS À POIL lu avec indignation par un certain JFC…… La qualité picturale, les couleurs, la malice et la non érotisation m'ont séduit. On est à l'opposé de la pornographie ou des calendriers à sensualité affichée. C'est frais, c'est réjouissant. On retrouve en lisant ce livre cette rengaine des cours de récré "La maîtresse en maillot de bain !".

Depuis cet épisode extraordinaire, la presse accumule les ouvrages qui pourraient se faire virer des bibliothèques enfantines. Dame Duflot interroge JFC au sujet de la "Taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête", sujet d'exploration scatologique.

Les contes traditionnels sont très richement dotés en stéréotypes de genres et stéréotypes autres. Ne faudrait -il pas faire le ménage là-dedans. Qu'on pense à cette fillette ayant échappé au meurtre commandé par sa belle-mère et qui se retrouve à faire la ménagère pour une bizarre association de garçons vivant tous ensemble. Plus tard, elle sera embrassée …… par le premier venu ! Qu'on pense à la famille du Petit Poucet, des parents maltraitants qui mènent à la mort leurs enfants dans la forêt. Qu'on se rappelle Peau d'âne et son pédophile de père ……

J'avais bien aimé les détournements de contes traditionnels commis par Pierre Gripari.

•••••

J'étais sur le site de l'UMP à l'instant, dans un compte-rendu d'états généraux, et d'un Pacte Républicain, j'ai trouvé ce passage qui me réjouit :
Publié le 21 juin 2011

Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes
185

Proposition UMP.

Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées.

Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé.

Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes.

Téléchargez les 26 propositions.
`

Le lien si vous voulez vérifier la provenance :  http://www.etats-generaux-ump.fr/partic ... mesfemmes/

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Re: "Gender studies" et une mauvaise traduction

Message par Marie_May » 13 févr. 2014, 16:13

Moi aussi j'aimais bien Gripari. Plus que Ch. Perrault d'ailleurs, que mes gosses adoraient va-t-en savoir pourquoi... Mais j'ai révisé mon opinion après avoir lu Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim.
Les pontes de l'UMP se vouent à n'importe quel saint pour surfer sur la vague bleue qui déferle... V'vlaypas qu'ils veulent ratisser les bibliothèques... Avec des gens comme ça, on peut s'attendre à la nuit de cristal ...! D'ailleurs c'était pas à Orange que les lepeinistes du cru avait passé la bibliothèque municipale au crible et enlevé les livres qui leur déplaisaient?

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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 17 févr. 2014, 00:22

Je reviens pour vous signaler L'as-tu lu mon petit loup ? Ça vaut le détour.



C'est une émission consacrée aux livres pour enfants qui existe sur France-Inter depuis longtemps. Elle donne son point de vue sur la question amenée par Tous à poil ! de façon amusante et pédagogique. On suit un dialogue entre la bibliothécaire et une petit garçon prénommé Jean-François qui voudrait choisir un livre ……

Ici ——>    http://www.franceinter.fr/emission-las- ... ous-a-poil

L'article qui m'a fait découvrir l'intérêt de cette séquence :
http://next.liberation.fr/sexe/2014/02/ ... ope_980671



J'ai eu l'occasion d'écouter (partiellement) l'émission de FOG sur ce sujet (j'ai vite lâché après avoir ouï les imprécations de Finkelkraut, puis le catéchisme de Riyol du Figaro). On sent que la plupart des gens qui parlent de ce livre ou à partir de lui n'ont pas lu ce petit album ou qu'ils n'ont aucune familiarité avec la littérature enfantine. Encore l'ignorance. Un des réactionnaires faisait de cet album une sorte de "manuel scolaire" manifestant son ignorance de la différence entre les livres d'école et ceux de la bibliothèque.

Les plus bouchés continuent à croire (ou faire semblant de) qu'il existe bien "LA" théorie du genre, une sorte de théorie unique, reconnue comme telle et sacralisée ; et qu'une sorte de COMPLOT destiné à pervertir l'innocence des enfants, et la famille est vraiment en cours. Partant de cette conviction, il semble difficile de leur faire entendre raison. Là encore, je vois que nous vivons dans une société d'emballements, de passions et de haines ; d'émotion plus que de raison.

Plusieurs réactionnaires font semblant de croire que leurs opposants nient les différences biologiques, les différence sexuées organiques, de façon absolue. Alors que ce n'est vraiment pas le cas.

Entendu citer la phrase de S. de Beauvoir. "On ne naît pas femme, on devient femme." Il me semble qu'aujourd'hui, tenant compte des remarques actuelles, elle dirait plutôt "On naît "femelle" ou "mâle" puis on devient femme ou homme."

Et on fait semblant d'ignorer la position des états généraux de l'UMP de 2011 ainsi que la naissance de la campagne de l'ABCD de la parité dans les cabinets d'un ministre sarkozyen Luc Chatel.



Si cette affaire devait amener les adultes à s'intéresser un peu plus à la littérature destinée aux enfants, ce serait sans doute un bien pour un mal.

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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 20 févr. 2014, 13:13

Beaucoup de textes sur ce sujet.
Au fil des jours, pas mal de satires aussi.

Ici un mensonge analysé par Désintox.
Ici : http://www.liberation.fr/politiques/201 ... tox_981085


Bon, contrairement à son affirmation, ce livre n'a pas été retiré de la liste où il figurait. Mais l'analyse de Désintox a oublié de dénoncer (en plus du mensonge) ce qui est inconvenant dans la formule employée par le grand leader :
« ……… J’ai surtout observé une autre chose, c’est qu’après avoir été insulté y compris sur votre antenne par les ministres du gouvernement, qui m’ont traité de tous les noms alors que je n’ai jamais demandé que ce livre soit interdit ni dans les bibliothèques ni dans les librairies, mais simplement pas enseigné aux enfants de CP ou de maternelle, ce livre, dans la plus grande discrétion, a été retiré de la liste par le ministre de l’Education nationale », disait-il ce matin sur RTL.
On n' "enseigne" pas un livre ! Cet album n'est pas le support d'un contenu qu'il faudrait enseigner, c'est-à-dire transvaser tel quel dans la tête des élèves. Il y a incompréhension du rôle des ouvrages d'une bibliothèque. On sent là une grosse lacune chez nos grands décideurs, une belle ignorance. Il faudrait plus d'humilité quand on ne comprend pas, quand on ne sait pas qq chose.

Voir à ce sujet l'excellent interview de Mme Vassalo, sur Médiapart. Une personne qui elle sait de quoi il s'agit.
http://www.mediapart.fr/journal/culture ... ret-penser
Désolé. Faut être abonné(e :roll: mais je peux vous offrir un copié collé si vs le demandez.

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Re: Tous à poil !

Message par singe » 20 févr. 2014, 15:29

Ce serait intéressant Claud, si nous le copie-colle ! on a entendu tellement d'âneries sur le sujet ….

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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 20 févr. 2014, 16:27

Aussitôt dit, aussitôt servi ! Bonne lecture. :P
Non, M. Copé, « la littérature n’est pas un précis de “prêt à penser ” »

17 FÉVRIER 2014 | PAR DOMINIQUE BRY

En réponse aux attaques de Jean-François Copé contre le livre pour enfants Tous à poil, Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil rappelle que « les enfants n'apprennent pas la diversité dans les livres, mais dans la vie ».

14 COMMENTAIRES


Une semaine après la sortie du président de l’UMP, la polémique autour de Tous à poil ne faiblit pas et quitte même le terrain du genre pour gagner celui des classes : Jean-François Copé s’attaque désormais à la présidente d'association qui a recommandé le livre dans une liste de 92 ouvrages, le rendant digne désormais d’un René Bérenger, comme lui avocat et homme politique et dont les vues très strictes sur les bonnes mœurs lui ont valu en son temps d’être surnommé « Père la Pudeur »


On pourrait ironiser sur le fait que le Jean-François Copé critique littéraire est un bien meilleur VRP que le Jean-François Copé critique culinaire : les ventes de pains aux chocolat n’ont pas décollé, tandis que Tous à poil occupait la 4e place des meilleures ventes de livres sur un site marchand moins de deux jours après la sortie du président de l’UMP.

On pourrait... si la prise de position n’était pas révélatrice d’une récupération inquiétante, qui met également en évidence la tendance à la multiplication des attaques contre des titres au nom d’une certaine idéologie.

Pour Mediapart, Sylvie Vassallo revient sur les questions soulevées par la controverse qu'a initiée Jean-François Copé : l'instrumentalisation et les procès faits au livre, le rôle et la place de la littérature jeunesse et les réflexions à mener en dehors des débats et tensions actuels.

Jean-François Copé s’attaque au contenu d’un livre, par sa “lecture” de l’ouvrage de Claire Franek et Marc Daniau Tous à poil ; quelle est votre réaction ?

Sylvie Vassallo : Jean-François Copé a fait une démonstration brillante de la différence qu’il y a entre « lire » au sens de défricher, et « lire », en accédant au sens. Les livres racontent des histoires même quand ils ne s’inscrivent pas dans un monde ou un temps imaginaires. Et la littérature offre au lecteur une multiplicité de lectures. Contrairement à ce qu’il semble croire, la littérature n’est pas un précis de « prêt à penser », même quand une histoire évoque des sujets très quotidiens, la littérature ne délivre pas un message, elle apporte un regard sensible, une interprétation, ça fait une sacrée nuance.

C’est toujours le lecteur qui garde le pouvoir. C’est lui qui, entre les lignes, construit son point de vue. Et quand il s’agit de livres pour enfants, cette construction se fait, de plus, en partage et en dialogue avec les adultes, les parents en tout premier lieu. Cette instrumentalisation témoigne donc à mon avis soit d’une inculture totale, soit d’une volonté délibérée de jouer sur les interrogations et parfois les craintes des parents quant à l’éducation de leurs enfants et de les effrayer gratuitement.

2Ce n’est pas la première fois que la littérature jeunesse se retrouve au centre d’une polémique, avez-vous le sentiment que la littérature jeunesse est parfois prise en otage (par les politiques, par certains acteurs du livre) ? Je pense notamment à la sortie de François Busnel en 2010…

C’est vrai, certains, comme François Busnel, ont du mal à accorder le statut de littérature aux livres pour enfants. Tandis que le public, lui, est largement au rendez-vous, que cette littérature française est parmi les plus reconnues à l’échelle internationale, que les auteurs et illustrateurs qui la créent, les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires et les médiateurs du livre qui la portent sont les acteurs compétents d’un art plein et entier mais très singulier. Et c’est peut-être cette singularité qui dérange, ou qui n’est pas encore suffisamment comprise.

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Cette singularité réside d’abord dans le fait qu’elle intervient en direction d’un public particulier : les enfants et les jeunes. Sujets sensibles puisqu’en construction. Certains peuvent alors croire que les livres se doivent d’éduquer les enfants, d’autres que les enfants ne sont pas aptes à accéder à la complexité du monde, d’autres encore qu’il faut en rabattre sur l’exigence artistique et littéraire quand on s’adresse aux enfants. D’autres, à l’inverse, leur destinent une littérature exigeante et accessible à la fois. Et c’est tout un art de le faire. Toute l’histoire de la littérature de jeunesse est traversée par ce débat sur le statut, les intentions de cette littérature.

D’autre part, cette littérature s’exprime dans des genres et des formes très divers, elle possède des codes littéraires uniques comme la place faite à l’image et les jeux de sens entre le texte et image… Les auteurs et illustrateurs jeunesse ont parfois une capacité déroutante, pour les adultes que nous sommes, à entrer dans un dialogue sensible et complice avec les enfants.

Il y a une vraie culture du livre pour enfants, on peut la méconnaître, ce qui laisse beaucoup de place aux idées reçues sur sa qualité et sur la manière dont les enfants la perçoivent.

En tant que directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui seraient tentés de suivre Jean-François Copé dans son interprétation ?

Sans doute de faire confiance à leurs enfants dans leur capacité à lire, et d’avoir confiance également dans leur rôle de parents pour les accompagner avec la littérature dans la plus belle aventure qui soit : la découverte de soi, loin des manipulations et des polémiques.

Le livre pour enfants est donc un sujet sensible dans tous les sens du terme. Veillons à lui accorder de pouvoir déployer bien librement cette sensibilité.

Pourquoi craindre que les livres de leurs enfants ne représentent la diversité des situations dans lesquelles ils vivent ? Ils savent très bien, par exemple, que des parents, père ou mère, élèvent seuls leurs enfants, que d’autres ont deux papas ou deux mamans, que d’autres vivent avec une maman et un papa… Ils ne l’apprennent pas dans les livres, mais dans la vie. Le fait que les histoires qu’on leur raconte puissent habiter tous ces schémas familiaux est plutôt rassurant, car dès lors, cela peut se verbaliser, se penser, se discuter, se comprendre.

Dans une tribune parue la semaine dernière, vous évoquez la « distance que les enfants comprennent parfaitement » ...

La littérature pour enfants n’a pas un rôle différent de la littérature. Elle raconte des histoires, elle confronte ses lecteurs aux questions existentielles, elle leur permet de penser l’altérité, de se découvrir. Elle les dérange, les rassure, les interroge, les fait rêver, leur fait découvrir les mots, la langue, provoque leur imaginaire. Elle leur permet d’accéder le plus librement possible au monde, de venir au monde, de s’y inscrire. La littérature de jeunesse fait grandir, dans tous les sens du terme.

Les autorisations qu’elle donne à l’enfant d’être lui-même, de saisir ses angoisses, d’appréhender ses peurs, de maîtriser sa relation à ses parents, à ses amis, de mettre des mots sur ses émotions… sont essentielles. Et il faut être auteur de talent pour toucher avec finesse des sujets aussi délicats. Car c’est là que se joue la distance, entre le texte et l’image, entre les lignes, entre les pages, dans tous les blancs laissés à l’interprétation – et donc, à l’intelligence du lecteur. Et l’on est souvent surpris de la capacité des enfants à construire leur propre lecture.

Alors, s’il y a une différence avec la littérature adulte, c’est que cette littérature est la première porte d’accès à la culture, une porte décisive pour ouvrir toutes les autres. Et s’il y a un combat à mener, c’est plutôt de s’intéresser à tous ceux qui aujourd’hui n’y ont pas encore accès.

Vous le soulignez, « depuis quelques mois, les attaques sur le contenu "pernicieux" de la littérature jeunesse se multiplient »...


Certaines bibliothèques reçoivent des mails pour montrer du doigt quelques ouvrages, toujours les mêmes, comme Tango a deux papas et pourquoi pas ? de Béatrice Boutignon, au Baron Perché, Le Jour du slip d’Anne Percin et Thomas Gornet au Rouergue (voir sous l'onglet Prolonger), À quoi tu joues ? aux éditions Sarbacane. Des auteurs ou des éditeurs reçoivent aussi des menaces.

Il semble que les mêmes qui font le procès de ces livres tentent de gonfler leur puissance en en faisant parler, espérant ainsi créer une vague plus puissante. Le nombre est moins inquiétant que l’idéologie sous-tendue par ces pressions qui laissent croire : « ces livres, cette littérature est pernicieuse », « dangereuse » pour l’équilibre de nos enfants. Je crois qu’il ne faut pas sous-estimer le fait que cela laisse aussi entendre que « les auteurs, les illustrateurs, les éditeurs, les bibliothécaires, les enseignants sont irresponsables et totalement idéologisés ». Au fond, Jean-François Copé prétend qu’un livre comme Tous à poil est dangereux parce qu’il conteste l’autorité de l’école et des institutions ; je crois au contraire que c’est lui qui tente de déstabiliser l’institution en cherchant à mettre sur la défensive des créateurs et des professionnels.

Enfin, alors que de nombreux exemples montrent la capacité des auteurs, des écrivains et des dessinateurs à suivre l’évolution de la société, que pensez-vous de cette intrusion de la politique dans le champ créatif ?

Les auteurs, les illustrateurs vivent dans la société, comment pourrait-il en être autrement ? Toutes les grandes questions qui travaillent notre monde traversent également ces champs créatifs. Je ne vois aucune raison de l’idolâtrer ou de croire qu’ils puissent rester en dehors des tensions actuelles sur la famille, sur le rapport homme/femme, sur l’école. De tout temps, la littérature de jeunesse a été marquée par des débats, des connaissances, des visions que la société a sur la place de l’enfant.

Ces sujets sont pleinement au cœur des réflexions des professionnels et nécessitent d’aller bien plus loin dans leur capacité à manier cette littérature de jeunesse dans leurs champs respectifs. C’est pourquoi nous avons créé une École du livre de jeunesse, qui leur offre de nombreux ateliers pour appréhender la diversité de cette littérature et les médiations culturelles qui lui sont associées.

La controverse actuelle vient mettre en évidence cette absolue nécessité de débats et de formations. Je pense en particulier aux enseignants et aux nouveaux schémas de formation des maîtres, aux animateurs des centres de loisirs dans le cadre de la réforme périscolaire.

Le colloque que nous organisons le 19 juin, sur le thème « Culture, littérature, enfances, d’évolutions en révolutions où allons-nous ? », tentera justement d’apporter des analyses et des éclairages sur ces débats qui font l’actualité. Et je ne doute pas que notre 30e Salon au mois de novembre sera une belle occasion de faire valoir le statut et la stature de la littérature de jeunesse.

•••

Sylvie Vassallo est directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Depuis bientôt trente ans, celui-ci œuvre pour la promotion « du statut et de la stature de la littérature jeunesse ». Elle a son blog sur Mediapart.

L'édition jeunesse en France publie chaque année plus de 5 000 nouveautés. En 2013, ce segment a représenté 20,5 % des ventes de livres, en deuxième position, derrière la littérature dite classique et devant les beaux livres (source SNE). Tant du point de vue économique que pédagogique, son importance est indiscutable. Émergeant à partir du XIXe siècle, le genre littéraire s'est largement développé au XXe siècle. En France, ce secteur de l'édition est régi par la loi pour la jeunesse du 16 juillet 1949.

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Re: Tous à poil !

Message par singe » 20 févr. 2014, 21:33

Merci, Claude ! Très instructif en effet ...

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Re: Tous à poil !

Message par Marie_May » 20 févr. 2014, 23:02

Quelqu'un a vu Tomboy mercredi soir, sur arte?
ça entre un peu en biais dans le cadre de cette discussion. Une fillette qui préfèrerait être un garçon, et dont le physique est un peu ambigüe, se laisse entraîner à mentir sur son genre quand un voisine la prend pour un garçon. Un film très sensible sur la question.

Moi je me dis que la discussion avec des gens comme ceux de la manif pour tous est complètement inutile. Ils ont décidé de se faire entendre et de ne rien écouter. Et tant pis pour la mauvaise foi. Quant à Copé, il surfe sur les vagues de ce mouvement avec le plus grand bonheur.

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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 21 févr. 2014, 09:03

MM, les trompettes du grand leader dénoncent une entreprise "idéologique". Avec cette apparente naïveté de celui qui feint de découvrir un œuf dans son nid. Alors qu'il est lui-même, comme le coucou, géniteur d'un très très gros œuf idéologique.

En réalité, nous avons tous de l'idéologie dans notre tête. Ce doit être bien difficile, sinon impossible à un être humain, de ne pas être commandé par une idéologie ou plutôt des éléments d'idéologie. Il dénonce donc un truc qui nous est aussi familier que d'avoir deux jambes et deux bras. En ayant la prétention de nous faire croire (si on l'écoute) que lui, non, n'a pas de tels appendices.

Perso, pour avoir déjà donné (j'ai eu mes propres errements idéologiques), je tiens en suspicion la tendance humaine qui donne la part belle aux réactions idéologiques, et notamment celle des gens comme Copé qui trouvent toutes les justifications possibles à l'ordre établi. Homme "mûr", je trouve aujourd'hui judicieux de s'extraire des tendances idéologiques quelles qu'elles soient pour mieux comprendre ce qui est. Une sorte d'hygiène mentale à l'heure de mon crépuscule.    :P

Oui, MM, j'opine. Il est bien difficile de discuter avec des personnes qui épousent avec passion, entêtement et souvent intolérance des idéologies que l'on peut rattacher à des traditions propres à nos sociétés. Notamment les traditions conservatrices catholiques. Des conservateurs qui soutiennent, pensent-ils, la vie en s'opposant à l'avortement mais qui donc encouragent que des enfants naissent dans des conditions exécrables au risque de faire de ces enfants non désirés …… des malheureux. Ils s'opposent à de nouvelles formes de gestation, sans vergogne, alors que le besoin d'enfantement est peut-être plus fort qu'ailleurs chez ces demandeurs de bébés. Ces conservateurs sont des gens qui continuent à disserter comme si les divorces n'existaient pas, comme si les familles recomposées étaient invisibles. Avec toujours cette grosse tendance des personnes manipulées par leurs idéologies à ne pas se rendre compte des réalités, à être comme la marionnette de leurs croyances ou celle de certains grands prêtres. En fin de compte, pour ces militants conservateurs, l'argument final reste un interdit religieux. Un joker. Dieu. Un interdit quasiment identique dans toutes les religions dites du Livre. Dieu nous donnerait la vie, et resterait le seul à pouvoir nous l'enlever. Le suicide n'est pas simplement mal vu, il est interdit pour ces raisons-là.

• On peut aimer, respecter la vie sans pour autant être abonné(e) à ces idéologies religieuses. Au fond, j'ai envie de terminer par une affirmation. Mon respect de la vie est plus fort que celui d'un conservateur, vu qu'il est fondé sur une profonde admiration que me procurent toutes les manifestations de vie que je rencontre. Je n'ai pas besoin de m'appuyer sur un corpus de textes sacrées, sur les béquilles de vérités révélées, pas besoin de ces pro-thèses pour aimer amoureusement la vie !

Patricia
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Re: Tous à poil !

Message par Patricia » 21 févr. 2014, 11:05

Claude, j'aurais, pour ma part, tendance à penser que l'on respecte d'autant plus la vie que l'on se tient éloigné des idéologies religieuses. Comment l'église catholique peut-elle encore se croire habillitée à parler de respect de la vie en ayant des millions de morts sur la conscience ?

Claude
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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 21 févr. 2014, 11:38

Oui Patricia. Il y a des "cadavres" dans tous les placards. Cela devient presque banal voire trivial à dire.

Mais les croyants ont souvent une réponse toute prête.
" C'est pas moi. C'est les autres. Et puis j'étais pas né(e). Je n'aurais pas fait ça. "
Dont acte.

Et d'ajouter :
" La mienne de religion est faite uniquement d'amour …… "
Ce qui est reconnaître qu'il n'y a pas UNE religion mais plusieurs lectures des textes canoniques (ceux qui font référence). Pour s'en convaincre, il suffit d'étudier l'histoire de chacune des confessions, l'évolution des branches majoritaires et les bourgeonnements minoritaires.
C'est donc introduire un peu de "relativisme" dans le blockhaus de la doctrine.
Or le relativisme est considéré comme un mal par les plus fanatiques, un ver dans le fruit.

:lol:

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Re: Tous à poil !

Message par Claire » 21 févr. 2014, 12:01

Est faite amour... là, ils sont bien en contradiction.

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Re: Tous à poil !

Message par Main-verte » 23 févr. 2014, 15:52


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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 25 févr. 2014, 09:12

:D

La miss météo de Canal s' était mise à poil à Poil …… et en plein hiver !

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Re: Tous à poil !

Message par Claude » 11 mars 2014, 04:06

On peut oublier Copé qui a révélé qu"'il ne savait pas de quoi il parlait
Ou on peut le remercier d'avoir joué bien contre son gré,
au VRP d'une littérature enfantine moins survitaminée aux stéréotypes de genre.

Passons.

Voici le lien d'un bel échange entre deux personnes qui savent bien
ce que la littérature enfantine offre aujourd'hui en France.
http://www.liberation.fr/vous/2014/03/0 ... nts_985317

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