Publier un livre sur les semences

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xyla56
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par xyla56 » 06 févr. 2014, 21:20


Marie_May
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 11 mars 2014, 10:18

Je lis plus sérieusement ce livre (en anglais) et de fait, il est très bien. Je disais par exemple que je n'avais pas appris grand chose en le parcourant, mais ce n'est pas vrai. J'ai par exemple appris (en même temps que l'auteur qui raconte comment elle-même l'a appris d'un jardinier "sauveur" de graines rares ) que les graines hybride F1 sont en fait le résultat d'un boulot non terminé. Si les semenciers le désiraient, ils pourraient continuer les travaux sur ces graines pendant 6 ou 7 générations et stabiliser la version désirée de ces graines. Mais dans ce cas, la graine serait reproductible par n'importe qui et les semenciers n'ont évidemment aucune envie de perdre la main sur leur source de profit.
Si j'ai bien compris, il faudrait continuer à marier les résultats F1 de la plante entre elles pour obtenir des F2 puis des F3 en choisissant les meilleurs spécimens qui présentent les particularités recherchées (taille, goût, aspect, résistance à ci et ça....etc) et à mesure des générations, la graine se stabiliserait et finirait par toujours présenter ces spécificités.
Intéressant, non?

Il y a d'autres passages de ce livre que j'ai cochés. J'y reviendrai.

Claude
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 11 mars 2014, 11:01

Excellente info MM.
C'est effectivement un plus.

La formulation " F1 " avait qq chose d'intrigant. On pouvait penser aux courses de ouatures avec la (fausse) idée que c'était le summum de la crème !

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Brigitte » 11 mars 2014, 11:30

C'est très intéressant ce que vous racontez au sujet de ce livre... :D
Marie_May j'attends donc avec impatience la suite, sur les passages que tu as coché ;)

sam
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par sam » 11 mars 2014, 21:00

ben c'est ce que l'on nous apprenait au bocage (école horticole), il y a quarante ans… :mrgreen:

Marie_May
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 12 mars 2014, 15:27

Il y a aussi des passages où elle raconte simplement la recherche de la ferme de ses rêves, où elle et son mari espèrent devenir "self sufficient" et se nourrir sans avoir à acheter au supertruc du coin, son installation, et celles de ses poules, son cochon, ses moutons, comment elle passe l'hiver à regarder des catalogues et à ranger les graines qu'elle a recueillies et engrangées (si on peut dire) dans des boites à café et des pots en verre au congélo, comment elle les sépare en deux groupes: récoltes d'été, récoltes d'hiver dans deux sacs, comment elle nettoie les jardins, les tourne, les mulch avec tout ce qui lui tombe sous la fourche, comment elle sème, en pot, en bac, en carton, repique et organise ses deux-trois potagers fleuris, comment harassée, elle s'arrête pour regarder à deux pas d'elle, deux bébés oiseaux mouches apprenant à se nourrir de nectar.... Des moments qui résonnent en chacun d'entre nous (sauf que chez moi, ce sont des mésanges...).

(à suivre, faut que j'aille planter mes oignons rouges)

Marie_May
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 15 mars 2014, 19:30

Bien sûr, vous savez déjà tout de ce qui va suivre; mais je le rappelle quand même - que les végétaux qui se reproduisent par graines sont divisés en deux classes, les angiospermes et les gymnospermes. Les angiospermes (pissenlit, lis, tomates, oranges, noix, pois...) ont les organes reproducteurs condensés en une fleur; les graines fécondées sont enfermées dans un fruit, ou ovaire. En revanche, les gymnospermes (pins, épicéas, cèdres, cyprès, gingkos) ont la graine à nu, généralement en forme de cône. La majorité de notre nourriture végétarienne provient d'angiospermes.
D'abord vient la fleur, puis la pollinisation puis la multiplication. Le végétal fleurit pour une bonne raison, elle veut se reproduire et peupler le monde. Pour cela, la fleur doit être pollinisée et elle a trois façons de s'y prendre: elle peut faire ça toute seule , compter sur le vent ou sur les insectes. Les fleurs de la dernière catégorie doivent s'habiller de couleurs voyantes et exhaler des odeurs enivrantes pour attirer les pollinisateurs.
Une fleur, c'est généralement un calice, des sépales qui ressemblent à des petites feuilles, et une corolle de pétales. La fleur femelle consiste en un ovaire, un vase dans lequel se forment les ovules, et le pistil, formé par l'ensemble des carpelles (tout ça, s'appelle gynécée); tandis que la partie mâle consiste de l'ensemble des étamines dont les anthères produisent le pollen (c'est l'androcée)
Certaines fleurs sont parfaites (hermaphrodite), elles ont les deux organes sexuels (par exemple, les pois, les laitues...). D'autres n'ont que l'un des deux sexes (dioïques) comme l'épinard, l'asperge, le chanvre); à moins que les deux organes apparaissent séparément sur une même plante (monoïque); c'est le cas du concombre, du maïs, de la figue. Les monoïques ont besoin d'un insecte visiteur (ou du pinceau du jardinier) pour être fécondées. Elles font chambre à part, mais restent proches les unes des autres pour que l'abeille qui se balade sur les anthères de la fleur mâle, où elle se charge de pollen, puisse ensuite facilement atteindre la fleur femelle où le pollen se dépose sur le pistil. formant ainsi des petits concombres Diva, Tanya, ou autres.
En revanche, les dioïques vivent chacune chez soi, la femelle épinard aime son indépendance, et le mâle s'est également adapté à sa solitude. Quand la femelle est prête à faire ses graines, elle passe un coup de fil au mâle qui en ouvrant largement ses fleurs laisse échapper une fine poudre de pollen. Un petit zéphyr passe par là et pouffe sur le pollen qui s'envole pour aller éventuellement se déposer sur les pistils voisins. Dès lors, les petites graines commencent à se former dans l'ovaire. Et voilà de l'épinard Amerika, Spartacus, monstrueux de Viroflay, etc.
(TRÈS librement et rapidement traduit du livre sur les semences)

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Chichinette 11 » 15 mars 2014, 19:44

Encore, Tata Marie_May siplait http://img4.hostingpics.net/pics/935329priegif.gif J'aime bien comment tu traduis.

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 16 mars 2014, 09:52

C'est pas les sujets qui manquent finalement. Vous préférez quoi? une profession de foi à propos de ce qui appartient à tous et que les corporations voudraient s'approprier? Sa relation aux plantes quand elle était petite? La façon dont les USA ont imposé par loi à l'Irak envahi de se servir dorénavant des graines OGM qu'on leur a tout d'abord distribuées avec le rundop adéquat? (Et ce n'était pas parce que l'Irak mourait de faim, 97% des paysans utilisaient jusqu'alors des graines de blé ancestrales qu'ils conservaient, notamment le blé Saberbeq, un blé adapté au terrain, à la sécheresse et donnant un pain délicieux.)
Ou bien encore la poésie qui accompagne le travail des sauveteurs qui non seulement gardent les graines anciennes mais également l'histoire qui les accompagne (car aux Etats-Unis, elles viennent souvent d'Europe à la suite d'une migration)?

Il y a également l'histoire des Canadiens Percy et Louise Schmeiser, dont les champs de colza ont été contaminés par les graines ogm de champs d'ailleurs assez éloignés; et leurs démêlés - non, leur lutte - contre Monsalo qui voulaient leur faire payer des droits et les obliger à signer un "accord" (dont ils ne devaient pas divulguer les termes à de tierces personnes). Edifiant. Leurs appels aux différentes instances judiciaires de leur pays se sont terminés à la Cour suprême du Canada où ils ont été déboutés - mais on leur a tout de même permis de ne pas payer les droits ni l'amende à monsalaud, étant donné qu'ils n'ont pas bénéficié de ces "récoltes". En fait, les agriculteurs (selon la loi des Amériques) sont censés s'apercevoir qu'ils ont des produits ogm sur leur terrain, même s'ils ne les ont pas semés. Evidemment, Percy Schmeiser n'a pas été dédommagé de cette contamination, sa plainte n'a même pas été reçue!

Ou encore comment elle a appris à polliniser les cucurbitacées avec son pote Dave? (très intéressant, ça aussi et plus positif). La prochaine fois...

Claude
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 16 mars 2014, 10:30

Chichinette 11 a écrit :Encore, Tata Marie_May siplait http://img4.hostingpics.net/pics/935329priegif.gif J'aime bien comment tu traduis.
Oh ! oui, encore !
Comme tu parles bien de sexe. Je comprends mieux pourquoi j'aime tant les épinards, ils sont plus modernes avec leurs aïefaune.
" Allô ! Allô quoi ! J'ai un grand besoin de toi … "

Dans ces scénarios, tu as mis en cause le vent, les insectes mais pas les cigognes. Instructif. Je me doutais bien que ces grosses balourdes, des bêcheuses trop occupées à boucher les cheminées n'avaient pas le temps de s'occuper d'autre chose.

:D

sam
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par sam » 16 mars 2014, 14:33

Marie_May a écrit :C'est pas les sujets qui manquent finalement. Vous préférez quoi? .

tout.

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 16 mars 2014, 18:45

:lol: :lol:
Eh, oh, le bouquin sera publié en mai, si ma mémoire est bonne... s'y reporter pour les détails que je laisse de côté!!!

Marie_May
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 18 mars 2014, 08:38

Dans ce bouquin, on se rend compte aussi que les Américains peuvent être tout aussi timbrés de jardinage que les gens de ce forum. Et peut-être plus. Il y est décrit des timbrés de tomates, de patates douces, de maïs, de citrouilles, de navets... Dans le Vermont, au nord-est des USA, il existe un festival annuel, le festival du navet Gilfeather, du nom de celui qui l'a cultivé et amélioré, dans une ferme des collines de Wardsboro, dans les premières années de 1900. Au cours de ce festival, sponsorisé par les amis de la Bibliothèque de Wardsboro, on peut acheter des paquets de graines de navets Gilfeather, des T.shirts faits main et des livres de cuisine proposés par des artisans locaux, tandis que des musiciens du cru animent les rues du village. Pendant l'heure de dégustation, on peut goûter les navets caramélisés, les gâteaux de navet, le pudding de pain au navet, la soupe de navet, le navet au cheddar....
Au cours de ce festival, notre auteur a décidé de gagner une énorme citrouille qui lui faisait envie - il fallait deviner combien de bonbons contenait un bocal mis en évidence sur une table. En se donnant un peu de mal, elle parvient à gagner le potiron dont le nom est très bizarre: Mustaprovince. Un peu plus tard, dans une autre foire agricole, elle revoit une autre citrouille de la même variété, avec une étiquette un peu moins fofolle. Et c'est Musque de Provence. Bon, le nom est un peu écorché, mais tout de même reconnaissable pour nous autre, connaisseurs, hein? Depuis ce temps-là, elle cultive la musquée de Provence dans son jardin de Georgia, la pollinise manuellement et conserve les graines. Elle les prépare surtout en tartes salées et sucrées.

Et puis on rend visite à un spécialiste des cucurbes qui lui apprend à polliniser à la main. Vous savez, comme Marc nous avait expliqué dans une autre vie.
Bien entendu, on a pris soin de ne pas mélanger les espèces: Pepo, maxima, moschata. Pour bien faire, on ne cultive qu'une seule variété de chaque.
Dave (c'est le nom du spécialiste en vieux short et chemise débraillée) recommande d'apprendre d'abord à reconnaître les fleurs mâles et les femelle sur les courges - qui sont des monoïques (si vous avez suivi la leçon précédente, vous comprenez sans esplikations. Les autres, au coin...). Les femelles ont un petit commencement de courgette (ou citrouille ou patisson...) au derrière, alors que les mâles s'accrochent directement à la tige. Les fleurs mâles apparaissent généralement d'abord.
Il faut aussi les observer suffisamment pour apprendre à reconnaître le moment où les fleurs vont s'ouvrir, ce qui n'est pas tellement évident. Mais ça s'apprend.
Le soir précédent l'ouverture de la fleur femelle choisie sur la plante, on lui met une sorte de ceinture de chasteté de papier collant - il existe aussi des sachets spéciaux. Il faut aussi fermer deux ou trois fleurs mâles (plusieurs, afin de garantir une certaine variété génétique.)
Le lendemain matin, on commence par cueillir les fleurs mâle, on enlève les bandes de fermeture, et on dépiote les pétales pour ne garder que les étamines qu'il dépose sur une grande feuille cueillie à l'avance. Ensuite il enlève doucement la bande adhésive de la fleur femelle, ouvre délicatement ses pétales et on va frotter les anthères sur le pistil de la fleur femelle. Pas besoin de pinceau, nous dit Dave, c'est bien plus gentil comme ça et plus doux.
Après il referme la fleur femelle avec l'adhésif. Ça peut être par exemple les bandes de papier blanc qu'on colle pour masquer un texte. Quand il n'a pas d'adhésif, il utilise les pétales de la fleur mâle pour couvrir la femelle, un peu comme un diaphragme.
Les pétales sont abimées dans le processus, mais ça n'a pas d'importance, elles vont tomber de toute manière. Le jardinier soigneux ou le conservateur de graines marque son travail, avec le nom de la plante et la date.


Et vous saviez, vous, qu'il existe des dizaines de variétés de patates douces, à la texture (sèche,aqueuse, crémeuse), couleur (rouge, doré, orange, lie de vin) et goût différents?

Claude
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 18 mars 2014, 10:40

Oh ! que j'ai hâte de le recevoir ce bouquin !

C'est passionnant. Merci MM.

Marie_May
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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 20 mars 2014, 10:17

Et que penser de la banque mondiale des semences située sur l'île de Svalbard, en Norvège? Construite dans le permafrost, dans une ancienne mine sous la montagne, et renforcée par une 'épaisseur de béton pour résister à toutes les catastrophes, elle devrait tenir le choc, que la mer monte, qu'une comète s'écrase sur la terre, que la guerre atomique se déchaine....

Cependant, son copain Daniel Bodkin, agriculteur au Massachusetts rigole quand il en parle, car dit-il, "la grande tâche à accomplir, c'est de décentraliser toutes les relations de la société à l'agriculture, aux semences, à l'alimentation et à la sécurité alimentaire."

Voilà qui ne peut que me plaire, en tant qu'anar...

Notre auteure ajoute à ce verdict que les banquiers des semences et les producteurs de semences désirent la même chose: que ça continue à aller mal.
Mais les semences ne peuvent être conservées à l'abri, pour toujours, comme des lingots d'or. Elles doivent être gardées in situ, sur les exploitations, dans les jardins. Sous peine de mourir. Une réserve mondiale de semences, dans sa construction à toutes épreuves, loin dans le cercle Arctique, peut nous aider à sortir d'une catastrophe, mais elle ne permettra pas de conserver la diversité génétique à long terme. Les scientifiques estiment que la moitié des semences conservées actuellement par les 1400 banques de semences mondiales ont désespérément besoin de renouvellement.
Un jardin, c'est une banque de semences vivantes.
Les banquiers des semences ont tendance à se méfier des jardins. Semées, les graines s'exposent aux pressions environnementales: saisons trop froide ou trop chaude, trop humide ou trop sèche peuvent pousser les plantes à s'adapter. Elles risquent la pollinisation croisée. Et bien sûr, que survienne une catastrophe, un ouragan, une tornade, par exemple, et tout est détruit.
Le rôle des banques de semences est de préserver le matériel génétique. Pas de répandre des ressources, qui dans les sociétés traditionnelles étaient partagées dans des systèmes de réciprocité, ce qui permettait de maintenir les variétés vivantes: chez les Cherokees, par exemple, on troquait les graines au cours de la Lune des Échanges.
Les jardiniers conservateurs préservent non seulement les graines et leurs noms, mais l'héritage, les histoires qui les accompagnent, les noms de lieux, les recettes culinaires. Leur but est de retenir l'aspect culturel de l'agriculture plutôt que de les en débarrasser scientifiquement, en ne les considérant que comme de simples germoplasmes. Les jardiniers veulent les régénérer aussi souvent que possible, car graine signifie nourriture - et j'ajouterai plaisir - et que les adaptations sont souvent bien accueillies.
Les banques de semences plaisent à ceux pour qui la sécurité implique une armée puissante, des verrous sur les portes et un pistolet sous l'oreiller. Il existe une autre école de pensée, celle qui veut que le monde soit d'autant plus sûr que les hommes se tournent les uns vers les autres, en tentant d'agir sur le monde qui les entourent et de le comprendre.

Et pourtant, notre auteure a pu obtenir de la banque de conservation des semences de Griffin, dans son état, la Géorgie, un haricot tropical, le haricot sabre, (canavalia ensiformis) qu'on connaît chez nous dans les départements d'Outre-mer comme la Réunion. Sa grand-mère le lui avait donné lorsqu'elle était petite fille, et elle l'avait perdu... Elle avait préparé une longue demande, indiquant ses travaux de recherches, ses expériences agricoles bio, etc. et finalement elle a simplement demandé le haricot en tant que personne privée - écrivain tout de même - intéressée à retrouver et conserver ce haricot ancestral. Et elle a reçu un petit paquet, avec une petite carte indiquant que les graines provenaient du Costa Rica. Cette histoire lui a permis de se réconcilier avec l'idée d'une banque de semences...

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 20 mars 2014, 10:44

Il me semble que certaines graines conservent leur faculté germinative très longtemps mais,ce n'est pas le cas de toutes les semences. De ce point de vue, comment défendre l'idée d'un coffre-fort qui conserverait toutes les semences dont une partie deviendrait des corps morts et deviendrait peu à peu un cimetière de graines ?

Les jardins réels, ceux qui sont soumis à tous les risques que tu énumères, ne sont-ils pas les seuls coffres-forts possibles ?

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 20 mars 2014, 14:16

ça dépend évidemment des graines en question. Et le froid leur conserve leur qualité germinative plus longtemps. Mais elle a raison de faire le distinguo entre la manière de voir des scientifiques et la sienne (la nôtre?). Nous échangeons, nous donnons, nous semons, nous récoltons. Eux conservent à l'abri. Le fait que seuls les corporations de semenciers reconnus comme tels puissent avoir accès à la banque norvégienne est une pierre d'achoppement au sein de "Seed Savior Exchange", la grande association américaine des conservateurs de semences, et ce point est discuté dans le bouquin.

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 20 mars 2014, 14:53

 ………elle a raison de faire le distinguo entre la manière de voir des scientifiques et la sienne (la nôtre ?). Nous échangeons, nous donnons, nous semons, nous récoltons. Eux conservent à l'abri.
Est-ce que l'auteur utilise cette catégorie : " les scientifiques " ? Ce serait un peu brutal.    :P
Pas sûr que tous les scientifiques soient d'accord sur les tenants et les aboutissants.

Et il faut des moyens pour venir à bout d'une telle réalisation, ce qui signifie que "les scientifiques" ou plutôt "ces scientifiques-là" doivent passer le relais à ceux qui ont le pouvoir.

?

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 21 mars 2014, 09:28

Non, elle n'est pas du tout raciste!

Elle cite énormément de scientifiques, Claude, rassure-toi. Mais pas n'importe lesquels.

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Claude » 21 mars 2014, 09:48

Ouf !  :D



Et au passage, un grand merci MM pour ce beau cadeau que tu nous as fait en plusieurs livraisons.
Ce fut un bonheur de lecture.

:!:

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Brigitte » 21 mars 2014, 19:25

oui merci Marie_May, c'est très passionnant, j'ai lu avec beaucoup de plaisir...par contre d'apprendre que cette grosse boîte monsalaud puisse agir comme elle le fait, ça me fait froid dans le dos, punaise :evil: je le savais pourtant mais de lire les témoignages de l'auteure ça m'a effrayé...

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 21 mars 2014, 23:41

Pour en ajouter une louche, Brigitte, en 2005, Monsalaud avait poursuivi 90 agriculteurs pour avoir enfreint les droits de la propriété industrielle; et touché plus de 15 millions de dollars de dédommagement. Sacrée justice! ... c'est de l'extorsion pure et simple.

270 000 fermiers ont d'ailleurs réagi en attaquant Monsanto en justice en 2011 pour contamination de leurs champs. Car non seulement le vent entraine les pollens génétiquement modifiés, mais le système digestif des oiseaux, nos vêtements et nos chaussures, les souris et les écureuils; sans oublier l'aide au "développement". Ainsi la province d'Oaxaca, au Mexique, haut lieu de la culture du maïs avec ses milliers de variétés locales, a été contaminé par le maïs transgénique en dépit du fait que l'état du Mexique s'était déclaré contre son utilisation. Et il me semble que c'est aussi le cas du Paraguay où il a été introduit en fraude.

Par ailleurs, à la fin des années 90, Monsanto avait mis au point un gène rendant la graine de deuxième génération infertile, pour éviter que les fermiers ne réutilisent les graines récoltées. (En effet, ogm ne signifie pas hybride. Les graines ogm de soja notamment peuvent parfaitement être conservées et resemées l'année suivante.) Jusqu'ici cependant, ce gène n'a pas été utilisé, dit notre auteur, à la demande expresse de la fondation Rockefeller, qui avait fourni les fonds pour ces recherches. La découverte est donc restée dans les tiroirs. Pour le moment.
Mais on peut imaginer la catastrophe qui pourrait survenir, si en plus d'une contamination transgénique nous avions affaire à celle d'un gène du type Terminator!

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Chichinette 11 » 22 mars 2014, 08:05


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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Brigitte » 22 mars 2014, 16:56

J'ai envie d'être très très grossière là !!!! :evil: :evil: :evil:

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Re: Publier un livre sur les semences

Message par Marie_May » 22 mars 2014, 18:44

J'ai fini le bouquin et... je suis orpheline.
Bon j'exagère, d'accord, j'ai d'autres trucs qui m'attendent. Mais c'est un de ces bouquins qu'on quitte à regret. Si vous l'achetez, j'espère de tout cœur que la traduction vous la rendra sympathique, cette Janisse Ray. Elle nous fait rencontrer un tas d'autres gens sympas et ça nous aide à voir les Américains sous un tout autre jour.
Fort heureusement, il y a des gens qui luttent partout - et là-bas, c'est plus que jamais nécessaire - pour la libération des semences, leur adaptation au milieu, l'économie durable, contre les grandes entreprises de biotechnologies agricoles et agro-industrielles, les ogm, les pesticides, les herbicides, contre la nourriture industrielle et la diversité alimentaire, pour que les étiquettes des produits contenant des ogm l'indiquent, pour qu'on consomme de la nourriture locale, des produits bio, pour qu'on utilise les graines anciennes et locales, pour l'agriculture à échelle humaine, contre la raréfaction des terres et que la terre redevienne fertile ...

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