Beaux textes sur le jardinage et ses surprises LITT

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Claude
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Beaux textes sur le jardinage et ses surprises LITT

Message par Claude » 12 oct. 2013, 21:40

VOICI un espace réservé à QUELQUES BEAUX TEXTES

DES EXTRAITS, DES TEXTES CHOISIS PAR DES JARDINIERS

D'ICI L'ON SèME !

Claude
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Re: Beaux textes sur le jardinage et ses surprises LITT

Message par Claude » 12 oct. 2013, 21:46

plumee a écrit :Claude, ou chais pus qui, je t'ai retrouvé le passage où Colette parle d'une couleuvre. C'est dans "Journal à rebours" Provence 6. J'adore…

Colette, quelle merveille ! Je lis et relis et re re relis depuis des décennies, "Sido", le livre sur sa mère.
Dans un autre livre, elle dit qu'elle n'a jamais rêvé d'écrire et qu'elle a passé son enfance à courir les chemins de campagne. Sa mère la réveillait à 3h du mat pour qu'elle aille balader seule, après quoi, elle rentrait manger des tartines de haricots rouges.
Que la nature a été son livre et que "rien n'est jamais venu ternir ma bondissante liberté". (citation à peu presque).


« Un serpent ! Un serpent dans la cuisine ! ». J’accours. L’enflure méridionale a, cette fois, respecté la vérité : il y a un serpent dans la cuisine et même, sur la table de la cuisine, une belle couleuvre un peu rousse, à tête fine. Apportée dans une pannerée d’oignons. Le bizarre est qu’elle ne veut pas s’en aller. Sans armes, elle nous menace – disons, moins modestement, qu’elle me menace. Elle a marqué mon entrée par un sursaut d’attention et de fierté. Maintenant, elle me suit, jusqu’au seuil. Au seuil, elle rebrousse chemin, enlace un pied de la table et, sur les cases en damier de la toile cirée, joue sa chance, se tord en chiffres et en lettres…

Je lui tends un doigt trempé dans du lait. Elle le lèche d’un pistil bifide et noir, puis le dédaigne. Mais, dressée à demi-coudée, elle me regarde à la figure. Ô croisement des regards ! Lien que la bête tente de nouer et que l’homme toujours dénoue. Comme le chat, le cheval et le chien, la couleuvre connaît, interroge la fenêtre de l’œil. Elle quête, elle comprend. Bien qu’elle m’ait sacrée personne d’importance, que puis-je faire pour elle ?

« Écoute, couleuvre, il faut pourtant qu’on épluche les oignons, qu’on hache la viande qui va les farcir, tu vois bien que la cuisinière refuse de régner ici en même temps que toi ».

Ceci est de la littérature humaine. Nous cédons tous au besoin de bêtifier avec l’enfant et l’animal. Ni l’un ni l’autre ne s’y laissent prendre.

Quand je veux saisir la couleuvre par son col délicat, elle m’échappe, écrit avec irritation cinq, cinq, zéro ou bien S O W, sur la toile cirée et attache aux miens ses petits yeux dorés.

A la fin, je lui tends une canne, qu’elle tâte, accepte et se change en caducée ; alors je porte le tout dans le jardin. Mais là, elle est prise de nostalgie, gravit en courant, si j’ose dire, les deux marches et remonte sur la table. Que sa vitesse nous est étrange ! La moitié antérieure de son corps se précipite, semble jaillir d’elle-même, se crée, croît, quand l’autre moitié attend encore de se mettre en marche pour la rejoindre. A deux reprises la sociable couleuvre rousse reconquiert la cuisine. Il me faut la pousser, la balayer comme une épluchure.

Encore ne se résout-elle pas à s’éloigner et elle s’établit dans une touffe d’asters violets, au pied desquels le joint desserré d’une prise d’eau entretient une petite flaque cernée d’ailes : papillons, libellules, longs hyménoptères dégingandés, sans compter les hôtes des laitues, voilà l’affaire de la couleuvre.

« Eh ! Qu’elle reste, dit ma cuisinière attendrie. Je l’appellerai Malvina ».

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Re: Beaux textes sur le jardinage et ses surprises LITT

Message par Claude » 22 déc. 2013, 02:21

Vous êtes en ce moment sur une place de Montpellier, le 24 août 1571 (selon le 3° volume de Fortune de France de Robert Merle).

Une page offerte aux amateurs d'oignons.

http://nsa34.casimages.com/img/2013/12/ ... 828576.jpg

http://nsa34.casimages.com/img/2013/12/ ... 994686.jpg

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Re: Beaux textes sur le jardinage et ses surprises LITT

Message par Marie_May » 22 déc. 2013, 10:31

Merci Claude pour ces réminiscences... ça donne envie de le relire, ce Robert Merle-là.

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