Vers de terre et lombri-compostage

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Volubilis
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Volubilis » 16 août 2015, 23:41

J'ai écouté : extra ! j'ai appris plein de choses..

Chichinette 11
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Chichinette 11 » 08 oct. 2017, 09:56

Je viens d'apprendre d'où vient le nom des vers de compost :
Gustav Eisen (1847-1940) était de l’école de Linné, il en a gardé cette précision scientifique des chercheur du 18eme siècle. C’était un chercheur éclectique qui c’est intéressé entre autres fruits à la vigne et à l’avocat et a aussi donné son nom au vers de terre du fumier et compost : Eisenia foetida.

Claude
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 08 oct. 2017, 10:25

Paix à son âme de chercheur ! ;)

Marie_May
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Marie_May » 08 oct. 2017, 16:24

En fait, il a donné son nom à plein d'organismes:

Chez les vers:
Eisenia fetida
Eisenia hortensis
Eisenia andrei
Eiseniona

Les algues
Eisenia bicyclis
Eisenia arborea

Les plantes
Phacelia eisenii Brandegee
Bacopa eisenii (Kellogg) Pennell

Les insectes (moustiques)
Anopheles eiseni (qui transmet le paludisme...)

Il était d'origine norvégienne, il s'intéressait à beaucoup de choses, l'archéologie, la biologie, la zoologie, l'horticulture, il était aussi cartographe, explorateur et illustrateur. C'est lui qui a permis la protection des séquoias et l'introduction de l'avocat aux USA où il avait émigré (en Californie). Une des montagnes qui entourent le parc national de la vallée Yosemite (celle des séquoia géants qu'on connait tous) porte son nom, Mount Eisen. C'est là que ses cendres ont été répandues.

Voilà, vous savez à peu près tout.

Claire
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claire » 09 oct. 2017, 12:46

Et bien merci.

Claude
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 22 déc. 2018, 23:43

Un nouveau livre paru sur les vers de terre. ÉCRIT par l'agronome GATINEAU plus facile à lire que celui de BOUCHÉ.
Avec cette lettre au Président publié par Le Monde
.

IDÉES
« Il y a urgence à sauver le ver de terre »

Un quart des sols européens sont aujourd’hui usés. En cause, l’extinction de cet infatigable laboureur qu’est le lombric. Aussi est-il impératif de veiller à sa sauvegarde, alerte Christophe Gatineau, cultivateur et agronome, dans une tribune au « Monde » à l’adresse du président de la République.



Par Christophe Gatineau Publié aujourd’hui à 07h00, mis à jour à 09h05

Tribune.

Monsieur le président,
le temps presse, les vers de terre disparaissent et, avec eux, les sols nourriciers. Pour résumer la situation : les vers de terre nourrissent les sols, et les sols nourrissent les plantes qui nous nourrissent ; ou nourrissent les animaux que nous mangeons.
A l’image du cycle de l’eau, c’est un cercle vertueux, un échange de bons procédés où chacun nourrit l’autre. Raison pour laquelle le ver de terre a toujours été le partenaire ancestral de l’agriculteur, son abondance signant la fertilité et la bonne santé des sols. Et plus une terre est fertile, plus elle est productive, plus notre nourriture est saine et riche.

Sans l’ombre d’un doute, le fond de ma lettre concerne donc l’alimentation de demain. Et si les rayons des supermarchés ne dépendaient pas de la bonne santé des sols, ma requête n’aurait aucun sens puisque, pour l’instant, leurs étals regorgent de nourriture comme jamais. Or, le célèbre astrophysicien Hubert Reeves, pas connu pour être un catastrophiste, et encore moins un fantaisiste, déclarait en mai sur le plateau d’« Envoyé spécial » : « La disparition des vers de terre est un phénomène aussi inquiétant que la fonte des glaces. »

Pourquoi a-t-il mis en perspective le ver de terre avec le bouleversement climatique ? Question de bon sens puisque les sols et les glaces fondent comme neige au soleil : un quart des sols européens étant aujourd’hui usés. En langage scientifique, on dit victime d’érosion. Autrement dit, quand les sols sont lessivés de toute vie, usés, ils migrent vers les mers et les océans, via les sources et les rivières, laissant place à des champs de cailloux. Pourquoi ?

Cycle brisé

Quand, il y a cinquante ans, nous avons décidé de ne plus nourrir les vers de terre et toute la diversité biologique, nous avons brisé le cycle. En effet, dans un système de cause à effet, où chacun nourrit ou se nourrit de l’autre, en cessant de nourrir les vers de terre, les sols ont cessé de nourrir les plantes…

Alors pourquoi les vers de terre sont-ils si importants en agriculture ? Parce qu’ils peuvent représenter jusqu’à 80 % de la masse des êtres vivants qui fabriquent la nourriture des plantes. Et en cessant de les nourrir, c’est bien l’ensemble d’un agrosystème qui s’est effondré, mort de faim ou empoisonné. Et pour revenir à l’érosion, parce qu’il ne faut jamais se tromper de sens, c’est bien l’extinction du ver de terre qui cause l’érosion des sols, comme le réchauffement climatique cause l’érosion des pôles.

Monsieur le président, il y a urgence à sauver les sols, et, dans ce domaine, nous avons besoin d’initiatives fortes et innovantes. Mais pour les sauver, il faut commencer par sauver son fer de lance, cet infatigable laboureur qui les rajeunit en permanence, les oxygène, les fertilise…

Bref, le ver de terre bénéficie d’un beau capital sympathie dans l’opinion publique. Pour preuve, le projet que j’ai porté au printemps, « Sauvons le ver de terre «, est arrivé en tête de la catégorie biodiversité lors de l’élection citoyenne organisée par votre ministère de la transition écologique et solidaire. Les Français ont choisi le ver de terre comme étant une priorité absolue dans la reconquête de la biodiversité.

Je vous demande d’accorder au ver de terre un droit à exister en lui offrant un statut juridique

Mais, contre toute attente, sans vouloir comparer ni opposer, votre gouvernement investit des millions d’euros pour réhabiliter l’ours et le loup, mais pas un seul centime sur la tête de notre allié le plus précieux pour une agriculture durable et économe en énergie. Mieux, l’Etat l’a carrément oublié puisqu’il ne bénéficie d’aucune protection, d’aucun plan d’action national ou européen, et d’aucune mesure dans la loi pour la reconquête de la biodiversité alors que l’arsenal juridique existe.

Il n’est pas une espèce protégée, alors que, depuis Charles Darwin, nous savons que le lombric terrestre est un animal à part entière qui vit dans un terrier où il s’aménage une chambre. Une chambre dont il recouvre volontairement le sol de feuilles, de petites pierres ou de graines, à la seule fin de pouvoir s’y reposer en toute quiétude. Et nous savons aussi, qu’avant de s’y enrouler, il a pris un soin infini à refermer l’entrée de sa galerie.

Monsieur le président, sachant que notre futur dépend des sols, et les sols de l’avenir du ver de terre, je vous demande de lui accorder un droit à exister en lui offrant un statut juridique. Le loup, l’ours ou l’abeille ont des droits, et rien ne justifie aujourd’hui que le lombric terrestre n’en a aucun.

Que faire d’autre ? Par exemple, suivre les conseils de cette professeure d’agronomie qui écrivait il y a quelques semaines dans une revue professionnelle : « Si on expliquait à tous les jeunes de 8 ans l’importance du ver de terre, en une génération l’érosion disparaîtrait de la planète. »

Monsieur le président, il y a urgence à sauver le ver de terre et, indirectement, à sauver toute la diversité biologique. Le ver de terre est le moteur de la transition écologique et solidaire, car, sans lui, sans eux, pas de sols nourriciers, pas de nourriture, pas de transition. Aussi, je me tiens à votre disposition pour vous présenter toutes les solutions pour le réhabiliter dans le modèle agricole.

Christophe Gatineau (Cultivateur, agronome, et auteur de « Eloge du ver de terre » (Flammarion, 212 pages, 16,90 €).)
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Marie_May » 23 déc. 2018, 10:41

Rien à redire... Vive Christophe Gatineau! surtout s'il est entendu. Mais le sera-t-il ?

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 23 déc. 2018, 13:54

Nousvoulonsdescoquelicotsetdesabeillesetdesversdeterre…

plumee
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par plumee » 23 déc. 2018, 17:52

Pauvres bêtes, victimes des bêtes bêtes que sont les humains.

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 25 nov. 2019, 13:17

Le sauve qui peut d’une poignée de lombriciens.
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singe
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par singe » 26 nov. 2019, 16:02

Ils se sauvaient de ta bêche ?
Je les trouve encore très en surface cette année, la terre est encore chaude chez moi !

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 26 nov. 2019, 18:06

Les deux sortes de vers.
Il y en a beaucoup dans le champ et j’en ai prélevé quelques dizaines avec ma bêche
pour peupler mes « bacs » géants, ce que j’appelle les « plates-bandes surélevées ».
J’en profite pour « aérer » moi aussi et humifier cette bonne terre argileuse.
.
J’ai oublié :oops: de préciser que les 3 photos A, B, et C sont espacées d’une fraction de seconde
……… ce qui montre deux vers en mouvement rapide.
C'était le but.

Claude
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 26 nov. 2019, 18:13

Le temps pluvieux a dû les convaincre de se rapprocher de la surface.

De plus, Marcel BOUCHÉ, le  géodrolilogue, pense que la température idéale pour les vers de terre est de 12°.

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 26 nov. 2019, 18:17

J’ai enfin écouté l'émission Un Atlas des Vers de Terre. Le géodrolilogue interrogé s’appelle Raphaël MARÉCHAL.
Je n’ai rien appris de nouveau (des généralités) mais c’etait assez bien formulé. Donc à écouter si l’on découvre l’importance du ver de terre garant d’équilibres vitaux pour nous.

.

Mes oreilles ont perdu beàucoup de leur sensibilté. J’entendais Maréchal alors qu’il fallait entendre Raphaël MARICHAL, écologue au CIRAD.

.
Attention !
Voici une invitation à participer à une étude sur les vers de terre.

https://mailchi.mp/97120d9b5350/bouch2022-59421

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par plumee » 26 nov. 2019, 20:02

MARICHAL,
"MARICHAL, nous voilàààà!" :roll:

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Marie_May » 28 nov. 2019, 17:38

Je suis peu réceptive, ce soir... j'ai pas très bien compris s'il faut envoyer les blocs de terre avec les vers incorporés ou les vers tout seuls ou des photos et des explications après examens.

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par singe » 28 nov. 2019, 20:26

J’en ai monté à la montagne , je vais les mettre profondément dans jardin, en espérant qu’ils survivent et se reproduisent ...
le composteur est à l’air et pas protégé du froid ... je suis obligée de ramener des vers du sud tous les printemps, j’ai l’impression qu’ils n’y survivent pas l’hiver ...

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 28 nov. 2019, 21:12

Je vois que tu fais comme moi, tu transplantes !

Singe, il vaut peut-être mieux les déposer là où ils peuvent s’enfoncer tout seul. Éventuellement ameublir un peu le sol avant. Les poser et les recouvrir de quelques feuilles mortes ou de cartons pour qu’ils ne finissent pas tout de suite dans le bec d’un oiseau. Ils choisissent rapidement leur destination.
Je crois que des vers de litière, ceux qui vivent en surface, n’aimeraient pas être enterrės.

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par singe » 29 nov. 2019, 09:22

C’est que je fais, Claude, je leur mets une grosse couche de feuilles ou de paille pour qu’ils aient le temps de se sauver avant les pillards !!!

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 20 oct. 2021, 15:46

Le ver de terre à sa fête ……
.
https://www.journee-mondiale.com/624/jo ... -terre.htm

.


Une chronique de l’émission Par Jupiter ! du mardi 19.10.21.

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par plumee » 21 oct. 2021, 07:42

Impossible de voir: la flèche veut pas déclencher. :cry:

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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par Claude » 11 nov. 2021, 20:05

Merci à Libération.
Se tourner vers l’original pour bénéficier des liens de l’interview du spécialiste M.BOUCHÉ.

Accueil / Idées et Débats • Libé des animaux

Marcel Bouché : «Les vers de terre sont la première masse animale qui cohabite avec l’humain»



Pour Aristote, ils sont les «intestins de la Terre». Ils sont, en fait, tellement plus que cela : omniprésents, ils tiennent une place essentielle dans notre écosystème, et ne sont pas utiles qu’en appâts pour la pêche. Rencontre avec l’ancien directeur de recherche à l’Inra, jardinier de formation, qui les étudie depuis près de cinquante ans.

……


C’est le genre de petites bêtes qui n’ont longtemps intéressé que les pêcheurs en quête d’un bel appât. Et qui ont même franchement dégoûté tous ceux qui voyaient plus le côté «un peu gluant» que l’aspect «appétissant», comme dirait Simba dans le Roi lion. C’en est trop : les vers de terre ne peuvent plus être méprisés. Cessons de réserver notre admiration aux chiens et aux chats, aux lions et aux tigres, aux baleines et aux pandas. Il est temps de célébrer ces petits êtres qui vivent par milliers sous nos pieds quand ils ne sont pas tués par nos pesticides. Ils servent de nourriture aux oiseaux dont de nombreuses espèces voient leur population baisser, aèrent la terre en creusant leurs galeries et fertilisent les sols en digérant l’humus et les végétaux morts. Oubliez les charrues et les engrais, les vers de terre sont là !

Jardinier de formation, puis directeur de recherches ayant notamment travaillé à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra, devenu Inrae), Marcel Bouché a passé sa carrière à étudier les vers de terre, qu’il nomme également «lombriciens». Il leur a consacré des ouvrages fondamentaux, comme Lombriciens de France (1972, Inra) ou Des vers de terre et des hommes (Actes Sud, 2014). Il appelle à approfondir l’étude de ces animaux longtemps négligés par les sciences de la matière, car ils sont essentiels pour mieux comprendre le fonctionnement de nos écosystèmes.

Article
Le lombric, dans l'ombre et lubrique
International
23 sept. 2018


Pourquoi est-il si difficile d’observer des vers de terre ?

Parce qu’ils sont peu visibles, et difficilement accessibles, au point que l’on a longtemps cru qu’il n’y avait qu’une espèce de ver de terre, Lumbricus terrestris. Il y en a, en fait, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers. Les lombriciens sont la première masse animale cohabitant avec l’humain. En moyenne, on compte en France 1 200 kilos de lombriciens à l’hectare. Cela pèse ! Il existe aussi différents types de vers de terre : ceux qui vivent à la surface du sol sont les «épigés», ceux qui fuient la lumière et vivent principalement en profondeur sont les «endogés». Les plus fréquents sous nos latitudes (environ 80 %) sont les «anéciques» : du crépuscule à l’aube, ils se nourrissent à la surface du sol. Le jour, ils descendent dans les galeries verticales qu’ils ont creusées, souvent sur un à deux mètres de profondeur. Mais ils sont capables de descendre jusqu’à six mètres. Autrement dit, pour les trouver, il faut savoir bêcher ! Il peut donc être difficile de mesurer l’ampleur de leur présence, ce que j’ai fait dans mes travaux.

Est-ce faire injure au ver de terre de dire que c’est avant tout un «estomac» ?

Les actions digestives des lombriciens – qui ne sont pas le seul fait de leur tube digestif – sont un élément important. Ils ingèrent des matières diverses : sol minéral, litière, humus ou encore micro-organismes. Ils les digèrent en les broyant et par l’action d’enzymes contenues dans leur système digestif. Ensuite, ils fertilisent le sol en y renvoyant de grandes quantités de matière sous forme de crottes ou de mucus dans lesquels les racines des végétaux peuvent venir «puiser». D’après mes observations, un kilogramme de vers de terre anéciques peut faire transiter 221 kilos de sol en une année. Parmi les matières qui sont ainsi rendues disponibles pour les plantes, il y a l’azote. Les vers de terre en fournissent 2,5 fois plus que ce qu’épandent les agriculteurs conventionnels dans leurs champs… si bien que les plantes courent littéralement derrière les vers de terre ! Avec leurs racines, elles tapissent leurs galeries pour mieux capter les éléments nutritifs qui s’y trouvent. De même, elles entourent aussi les vers de terre lorsqu’ils entrent, à la fin du printemps, dans une période de léthargie appelée «diapause» : à cette époque de l’année, les plantes poussent et laissent peu de matière au sol dont les vers de terre pourraient se nourrir, c’est pourquoi ils se mettent en repos.

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Chronique "l'âge bête"
Amis de l'agriculture et du climat, les vers de terre menacés par le réchauffement
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3 nov. 2019



On pourrait dire, comme Aristote, que «les vers de terre sont les intestins de la Terre». Mais attention à cette formule, qui pourrait nous amener à réduire ces animaux à leur seule action chimique «digestive». Or, ils rendent d’autres «services». Par exemple, ils constituent une nourriture prisée des oiseaux. Surtout, les galeries verticales des anéciques leur permettent de rejoindre une zone du sol qui avoisine les 12 °C, température permettant un bon fonctionnement de leur métabolisme. Cette action physique déplace la terre et l’aère : c’est le labourage des lombriciens.

Vous écrivez pourtant que «le labour des lombriciens a cessé d’être».

En agriculture céréalière conventionnelle, on laboure les champs en profondeur, on herse, on désherbe avec des produits phytosanitaires… En faisant cela, on détruit l’habitat des vers de terre. La monoculture les prive de la nourriture diversifiée dont ils ont besoin : j’ai moi-même tenté de nourrir des lombriciens exclusivement avec de la luzerne, ce qui s’est soldé par une baisse de population. L’agriculture intensive fait donc disparaître les vers de terre : dans les champs en monoculture intensive, on n’en compte que 55 kilos par hectare, loin des 1 200 kilos de la moyenne nationale. Les sols perdent ainsi une grande partie de leur matière organique. Cela nécessite de les remplacer par des fertilisants chimiques minéraux. Par ailleurs, les sols sont plus exposés au risque d’érosion par la pluie ou le vent.

Vous êtes l’un des rares à avoir autant travaillé sur les vers de terre, mais vous avez tout de même un glorieux prédécesseur : Darwin. Qu’a-t-il observé ?

Fin 1831, Charles Darwin part pour un voyage autour de la Terre. Il en revient en octobre 1836 avec une masse immense de données. Pourtant, à son retour, il se concentre sur la préparation d’une communication sur… les vers de terre ! Il s’y intéressera toute sa vie, et publiera en 1882, peu avant sa mort, un livre important sur le sujet. Il réalise de nombreuses observations avec son jardinier dans son domaine, notamment pour mieux comprendre leur action digestive. Il observe les crottes qu’ils laissent en surface, ainsi que les galeries qu’ils creusent. C’est à ma connaissance la seule étude sur le terrain tangible de l’activité des vers de terre réalisée durant tout le XIXe siècle, avec une volonté de mesurer et de quantifier : «Les vers de terre ont joué dans l’histoire du globe un rôle plus important que ne le supposeraient au premier abord la plupart des personnes. […]. Dans beaucoup de parties de l’Angleterre, plus de dix tonnes de terre sèche passent chaque année par leurs corps et sont apportées à la surface de chaque acre de superficie», écrit-il. Darwin avait donc vu scientifiquement l’activité de laboureur des lombriciens, à partir de ce qu’il observait à la surface du sol. Ce qu’il n’a pas pu observer, c’est ce qu’il se passait dans le sol. Rien n’a été fait après lui.

Comment l’expliquez-vous ?

Darwin nous donne la réponse en évoquant les réactions de ses contemporains. Il insiste sur leur incapacité à comprendre que de petits phénomènes qui se produisent sous nos yeux, en s’accumulant dans le temps, ont des effets considérables. Il écrit que d’après l’un de ses collègues scientifiques, les lombriciens «seraient incapables de fournir un aussi grand travail […] considérant leur faiblesse et leur dimension». On retrouve ce regard teinté de mépris dans les propos de l’anatomiste et zoologue Georges Cuvier, qui les décrit comme «des animaux que l’on foule aux pieds tous les jours». Cette attitude est une constante de l’humanité, du Néolithique jusqu’à aujourd’hui. Pour les humains, le ver de terre n’existe pas, sauf pour la pêche où il fait un excellent appât.

Omniprésent mais négligé, notamment par les scientifiques. Paradoxal !

Ce n’est pas un paradoxe, mais plutôt la conséquence de la façon dont se sont organisées les sciences de la matière, à savoir la physique, la chimie et la biologie. Lorsque vous pratiquez l’écologie – c’est-à-dire la science globale qui étudie les relations des organismes avec leur milieu extérieur environnant –, vous avez besoin de mobiliser conjointement ces trois disciplines. Cela ne se fait actuellement jamais. Pour donner quelques exemples, dans une forêt, une prairie ou un champ, la biologie permet d’étudier la vie d’animaux comme les vers de terre, la physique peut s’intéresser à la façon dont les eaux de pluie percolent dans un sol aéré par les galeries qui y ont été creusées, et la chimie étudie comment la décomposition des végétaux permet de restituer des éléments utiles à la croissance des plantes, comme l’azote. Le problème, c’est que ces sciences ne se sont jamais vraiment unies pour permettre une étude précise des écosystèmes. Mais en plus, elles ont eu tendance à extrapoler certains travaux réalisés en laboratoire à l’ensemble des milieux naturels du globe. Aussi, on ne sait toujours pas précisément ce qui se passe dans les champs. Mon travail a justement consisté à élaborer des techniques permettant d’observer le réel, et à voir comment les vers de terre participaient à la fertilisation des sols, au fonctionnement des écosystèmes. Mais beaucoup reste encore à faire : le ver de terre, première masse animale avec laquelle nous vivons, est un révélateur de notre ignorance. Bien sûr, de nombreux travaux sont aujourd’hui menés en matière d’étude des sols. Ils décrivent les interactions entre végétaux par les racines, ou encore le rôle du mycélium et de certains champignons dans les écosystèmes. Mais ces petites études spécialisées sont trop partielles pour élaborer une grande synthèse sur le fonctionnement précis de nos écosystèmes, et pour cerner la place centrale qu’y tiennent les lombriciens.

Entre le développement de l’agriculture paysanne qui compte sur la fertilisation naturelle des sols et le succès des lombricomposteurs qui utilisent les vers de terre pour recycler nos épluchures, ne diriez-vous pas que les vers de terre font désormais l’objet d’un intérêt plus soutenu ?

Il y a, en effet, un début de prise de conscience. Il tient surtout à des défenseurs de l’agro-écologie qui se sont aperçus que les labours en profondeurs ou l’emploi de pesticides et de fertilisants chimiques abîment leurs sols. Puisque les sciences de la matière n’ont pas par leur division l’aptitude suffisante pour comprendre le fonctionnement des écosystèmes, les agro-écologues développent empiriquement des techniques de permaculture, de biodynamie, etc. qui s’opposent à l’emploi aveugle des agro-techniques de l’agriculture dominante. Les agro-biologistes font ainsi des tentatives de restauration des sols. L’un d’eux a réussi à créer des apports de matière organique diversifiés qui restructurent temporairement le sol, le temps que les peuplements de vers de terre se restaurent. Trois ans plus tard, la population de vers de terre a pu reprendre sa fonction de labourage. Ce sont eux qui permettent de retrouver progressivement un fonctionnement optimal des agro-écosystèmes.

Critique
Dans les rouages de l’agriculture low-tech
Idées et Débats
31 mai 2021



plumee
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Re: Vers de terre et lombri-compostage

Message par plumee » 11 nov. 2021, 22:04

:shock: Que de mots! Que de mots!

Gavée
je suis,
avant même d'avoir survolé
cet océan de mots
certainement choisis.

Pourtant, ils sont
mes amis,
ces vers jolis…

Allez, Plumie
va au lit.
Demain, jour nouveau
tu seras de nouveau
ici.
😘

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