Sécheresse, et lobbys

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Claude
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Sécheresse, et lobbys

Message par Claude » 23 juil. 2019, 00:58

Voici un exemple des conflits d’usage que la sécheresse apporte ou révèle, et qui pourraient se multiplier.
Quand l’eau manque, les acteurs les mieux organisés (ici les syndicats agricoles) gagnent le rapport de force contre les moins bien organisés, ils emportent et remplissent leur timbale.
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RÉCIT
En Maine-et-Loire, le risque de pénurie attise le conflit entre écologistes et agriculteurs

Par Pierre-Henri Allain — 21 juillet 2019 à 20:46

Le val d’Authion, zone agricole gourmande en eau, illustre la difficulté croissante de la répartition des ressources hydriques.
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En Maine-et-Loire, le risque de pénurie attise le conflit entre écologistes et agriculteurs

Entre Saumur et Angers, le val d’Authion, coincé entre la Loire et le cours d’eau du même nom, vit des heures difficiles. Sur ce territoire agricole très spécialisé où l’on cultive, sur des milliers d’hectares, toutes sortes de variétés de plantes - maïs, haricots, lupins, soucis, radis - pour la plupart très gourmandes en eau, la ressource hydrique est particulièrement essentielle. En période de sécheresse émergent alors des conflits d’usage aigus. Avec une cible désignée : les syndicats agricoles, comme la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles), qui exerceraient un chantage continuel sur les pouvoirs publics pour passer outre les restrictions réglementaires et obtenir des dérogations pour continuer à arroser leurs cultures malgré les pénuries. Voire, en amont, remporter les arbitrages les plus favorables à leur activité.

«Les seuils de débit des rivières à partir desquels doivent être déclenchées différentes alertes - vigilance, alerte simple, alerte renforcée, crise - et les mesures de restrictions qui y sont associées pour préserver la ressource prioritaire - l’eau potable et les usages pour la santé et la salubrité publique - sont systématiquement contestés par la profession agricole», dénoncent les associations environnementales et certains services de l’Etat. Les mesures à prendre feraient elles-mêmes l’objet d’interminables «discussions de marchands de tapis», aboutissant à des mises en œuvre tardives et à des mesures jugées inefficaces, comme l’arrosage de nuit sans limitation de volume.

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Tensions.

Alors que les débits de la Loire se sont considérablement ralentis ces dernières semaines, atteignant des niveaux alarmants sur certains secteurs et affectant directement le val d’Authion, les dernières escarmouches entre la préfecture du Maine-et-Loire et l’association Sauvegarde de l’Anjou illustrent ces tensions récurrentes sur les mesures à adopter en période de sécheresse. Les relevés de la station hydrométrique de Saumur, devenue récemment la référence pour le val d’Authion, indiquaient ainsi des débits justifiant le déclenchement d’une «alerte renforcée». Mais le préfet a tout de même autorisé le 18 juillet le maintien d’une alerte simple, permettant aux producteurs locaux - horticulteurs, maraîchers, producteurs de semences, pépiniéristes - de continuer à arroser leurs cultures de 20 heures à 10 heures du matin. En défense de cette décision, les pouvoirs publics font valoir le niveau satisfaisant de l’ancienne station de référence (Montjean-sur-Loire) et s’appuient sur un article dérogatoire au cadre général, selon lequel «en période de crise et dans des conditions de nature à mettre en péril des productions agricoles ou industrielles sensibles, des mesures exceptionnelles pourront être mises en place dans un cadre concerté et collectif».

Une décision qui a fait bondir Yves Lepage, président de Sauvegarde de l’Anjou, qui s’est insurgé contre une «concertation» limitée à celle des exploitants agricoles. «Le préfet fait tout pour donner temps et eau aux irrigants, or c’est l’intérêt général qui doit primer et non des intérêts privés», dénonce-t-il, pointant également le «surdimensionnement des prélèvements Authion». «Les prélèvements en Loire pour l’irrigation de l’Authion sont, sur six mois, supérieurs à ceux réalisés à l’année par l’usine d’eau potable des Ponts-de-Cé, qui dessert plus de 290 000 habitants», indique-t-il.

«Souplesse».

De leur côté, les producteurs de graines destinées aux semenciers et autres cultivateurs du val d’Authion plaident une question de survie, avec la menace de dépôts de bilan en cascade, sur une période - deuxième quinzaine de juillet - particulièrement sensible pour leurs cultures. «On a obtenu du préfet un peu de souplesse, mais si on nous avait interdit d’irriguer maintenant, ce sont des centaines de familles et de fermes qui auraient été impactées», souligne Denis Laizé, vice-président des Jeunes Agriculteurs du Maine-et-Loire. Si ce producteur de maïs semence, de haricots et de céréales reconnaît l’influence de sa profession dans la définition des mesures adoptées par les pouvoirs publics (l’interdiction d’arrosage a été fixée de 10 heures à 20 heures et non de 8 heures à 20 heures comme c’est la règle), il y voit un «vrai rôle d’expertise» plus que de lobby. «Toutes les réglementations sur l’eau sont le résultat d’un long travail de concertation entre l’administration et les agriculteurs, mais aussi avec les associations environnementales et les autres usagers», argumente-t-il.

L’idée de développer des cultures moins gourmandes en eau, comme le réclament les associations, le laisse également dubitatif, la viabilité économique de ces dernières étant, selon lui, on ne peut plus incertaine : la plupart des cultures pratiquées aujourd’hui peuvent rapporter jusqu’à dix fois plus. Reste que les tensions ne sont pas près de s’apaiser si l’on en croit les études qui prévoient des baisses de débit de 10 % à 40 % sur les cours d’eau du bassin de la Loire d’ici 2070.

Pierre-Henri Allain



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